La fouille de la tombe à char a tenu toutes ses promesses

En 2013, durant la fouille d’un établissement rural gallo-romain, à Warcq (08), au lieudit « La Sauce » sur le tracé de l’A304, la cellule archéologique du Conseil général avait découvert une tombe à char, une première trouvaille classée « découverte d’intérêt exceptionnel » par le Service Régional de l’Archéologie (DRAC Champagne-Ardenne). A la vue de cette premier découverte, la cellule du Conseil général des Ardennes et INRAP (Institut national de recherches archéologiques), ont poursuivi les fouilles le mois dernier.

Cellule archéologique du Conseil général des ArdennesPetit rappel : Dans les tombes à char, le défunt est enterré avec ou sur un char et, souvent, un riche mobilier funéraire (céramiques, métaux précieux, etc.). Le char représente le pouvoir et le rang social de la personne inhumée. Il peut s’agir d’un homme ou d’une femme. Cette pratique funéraire se développe depuis le premier Age du Fer, au VIIe siècle avant notre ère, jusqu’à la fin de la période gauloise, au début de notre ère. Les plus anciennes structures de ce type contiennent des chars à 4 roues comme celle de Vix. Au Second Age du Fer, il s’agit de chars à 2 roues. La région Champagne-Ardenne est connue pour les tombes à char du début du Second Age du Fer, entre le Vème et le IVème siècle avant notre ère, par exemple celles de Bourcq ou de Semide.

A Warcq, les éléments mis au jour se sont révélés tout de suite exceptionnels. Outre la localisation, aucune autre structure de ce genre n’était connue dans les Crêtes Préardennaises, les dimensions (5,5 m x 2,8m) et les volumes (1,1 m de profondeur conservées) sont également atypiques. De même, le milieu humide a permis la conservation du coffrage et du plafond en bois. Ce dernier s’est effondré sur le sol de la chambre sur lequel reposaient les objets et animaux qui accompagnaient le défunt. Au total, le mobilier funéraire est composé d’un char d’apparat à deux roues décoré à l’aide d’objets en bronze placés sur la caisse, les moyeux et le joug et d’objets en bois recouverts d’une fine feuille d’or ; de trois vases en céramiques entiers écrasés lors de l’effondrement du toit de la chambre ; d’un probable fourreau, de forces, d’une fibule et d’un rasoir en fer ; d’objets en bronze sertis de pâte de verre rouge et de perles de verres bleu sans doute liées au vêtement du mort. Le défunt, probablement un homme au vu du mobilier qui l’accompagne, portait au cou un collier en or et reposait sur la caisse du char. La présence d’un cochon est aussi interprétée comme une offrande alimentaire.

Tombe à char - A304 - Bruno GOUHOURY Conseil général des ArdennesL’élément le plus spectaculaire, et surtout inédit, réside dans la présence de quatre chevaux inhumés avec le défunt, deux dans les angles sud-ouest et nord-ouest et deux à l’avant du char, sous le joug. Tout semble indiquer une mise en scène funéraire extrêmement recherchée et dont certains aspects ne sont pas habituellement présents dans les tombes à char fouillées jusqu’alors en Champagne. En particulier, le fourreau est plié en deux, ce qui est une pratique courante dans les tombes celtiques d’Italie du nord mais qui est peu attestée en Gaule. De même, l’un des vases comportent une décoration géométrique, probablement à l’étain, dont aucun équivalent n’a été trouvé, pour l’heure, dans nos contrées.

Enfin, même s’il est encore tôt pour avoir une chronologie précise, les indices disponible permettent de proposer une datation à la Tène D1 c'est-à-dire à la fin du IIème-début du Ier siècle avant notre ère, période où ce mode d’inhumation a pratiquement disparu. Exceptionnel, on vous dit !!!