Où vit-on le mieux en France ? Le contre argumentaire du Conseil général sur le sondage de L’Express

Chaque année à pareille époque, ce sondage tombe sur l’actualité comme l’arrivée des feuilles d’impôts avec son cortège de mauvaises nouvelles : les Ardennes figurent à la 94ème place du palmarès des "départements où l’on vit le mieux en France" ! Le phénomène est récurent. Le Président du Conseil général réagit : "nous sommes les premiers dans le coeur des Européens".

Il est tombé ce deuxième jeudi du mois de mai. Un peu comme les premières feuilles d’impôts dans les boîtes aux lettres de ceux qui ne portent plus d’attention à ce type de phénomène récurent et avant celles d’automne qui recouvriront aussi vite la portée de cet évènement. Cet exercice de haute voltige médiatique est concocté par les officines parisiennes en mal d’informations provinciales...

Un sondage basé sur 42 indicateurs et de curieux coefficients !

Il existe. Il faut donc le saluer. Le dernier sondage de L’Express est arrivé. Il apparaît bien après le printemps et bien avant l’été. Sur le calendrier il s’est figé, cette année, dans la saison creuse entre le pont du 8 mai et celui de l’Ascension. Cette programmation a son importance car c’est l’époque où les Français se détournent de la lecture hivernale de magazines pour se concentrer sur d’autres centres d’intérêts plus radieux, dans des promenades champêtres bien plus enthousiasmantes et rafraîchissantes, notamment en bord de Meuse. Il ne s’agit pas de la dernière enquête qui mesure l’optimisme des Français sur les ultimes rebondissements du dernier scandale à la mode ou sur le bon état de santé de la presse française qui se gausse du mal-être des Français, mais bel et bien du palmarès national des départements où l’on vit le mieux en France. Et que croyez-vous qu’il arrive dans ce classement ? Rien de bien bon. Et pourtant, les réalisateurs de ce dossier nous disent que ce classement est fondé dans une méthodologie savante "sur 42 indicateurs recueillis auprès de l’Insee, de ministères, etc...", qu’un "coefficient a été attribué à chaque indicateur et que ce classement multiplié par le coefficient aboutit à une note..." Voilà les professeurs de mathématiques rassurés sur l’état de la France. Les statisticiens veillent, nous sommes sauvés ! Et nous ne connaîtrons jamais la curieuse méthode de calcul...

Avant la Creuse et l’Aisne !

Eh bien, que peut attendre le département des Ardennes de ce type de sondage ? Sûrement pas la meilleure note puisque les journalistes n’ont interrogé personne et n’y sont , à la connaissance des acteurs et des décideurs ardennais, jamais venus. Les Ardennes se classent à la 94 ème place des départements, à l’antépénultième du bas de la hiérarchie, tout juste avant la Creuse et le voisin de l’Aisne. Mon Dieu, protégez-nous du pire... Savoir qu’il y a deux départements derrière les Ardennes ne suffit pas au bonheur des Ardennais, même si les terres ardennaises ont gagné, en deux ans, deux places au classement des mauvais élèves... Avec humour, on pourrait dire que le département des Ardennes réussit un bon coup puisqu’à la télévision, les journalistes ne citent que les trois premiers du classement (dans l’ordre : La Haute-Garonne, L’Hérault et la Vendée) et les ...trois derniers, histoire de rétablir le bon équilibre médiatique. A l’exception des lecteurs du magazine, personne en France ne saura le nom du 4ème département où l’on vit mieux en France, ni le 5ème, ni le 10 ème, ni le 33 ème, ni le 50 ème, ni le 72 ème, ni le 93 ème ! ! Alors pourquoi essayer de gagner des points dans cette hiérarchie virtuelle où l’on apprend que l’Aveyron -quelle publicité !- est le premier département pour les seniors, que le Vaucluse est le premier pour le commerce, et bien entendu que Paris est le 1er pour la culture et l’enseignement supérieur mais le dernier pour... l’environnement, très loin de la Lozère palmée en vert...

Monsieur Météo n’habite pas dans les Ardennes

Allez comprendre quelque chose dans un tel hit-parade où les Ardennes ferment la marche au niveau météo (96 ème) en ayant une pluviométrie moindre que les Pyrénées-Atlantiques au 42 ème rang ou en ayant moins de neige que l’Isère (8ème)... "Il faut arrêter les bêtises ! Quand on voit le temps qu’il fait à Boulogne-sur-Mer, c’est n’importe quoi !" dit le Président du Conseil général des Ardennes, Benoît Huré.

Que penser du classement sur le dynamisme économique qui place le département à la 91ème place ? "C’est un résultat assassin. Sait-on que pour un département de 300.000 habitants, 40 entreprises de plus de 20 salariés ont leur siège social hors de France, dont beaucoup dans des pays européens et en Amérique du Nord ? C’est un signe de confiance à notre égard qui vaut tous les sondages..." ajoute Benoît Huré.

Internet : un département connecté à 100% pour l’été 2007

Que dire encore de la 60 ème place des Ardennes en matière d’internet alors que le Conseil général a engagé un programme de développement, cité comme référence, à la pointe du progrès avec 100% du territoire connecté au haut débit annoncé avant l’été 2007. Et le site du Conseil général des Ardennes donne l’exemple. Il fêtera lui-même le 100.000 ème visiteur en moins d’un an alors que le site n’est pas encore en version définitive, ce qui montre l’attrait des internautes et des usagers...

Une excellente nouvelle : les Ardennes accèdent à la 5ème place parmi les départements qui affichent un coût de logement le plus faible alors que Paris est là encore bon dernier, que les Alpes Maritimes sont à la 94 ème place et les Hauts-de-Seine à la 95 ème. Il y a une justice : il faut payer chèrement son logement dans les départements où il fait bon vivre... "Les Ardennais sont contents de ne pas avoir à payer ce que payent les Parisiens ou les Rémois pour se loger !" dit encore Benoît Huré. Mais, c’est vrai, les "Monsieur Météo" de la télé et de L’Express n’y vivent pas puisqu’ils fixent le département sur leurs cartes des températures juste avant la toundra et le Pôle Nord ! Et pourtant en matière de tourisme, le département a gagné des visiteurs dont plus de 25% au Château fort de Sedan ces dernières années... Allez expliquer cela à des observateurs parisiens !

"C’est un coup de couteau !"

Le Président du Conseil général en commentant cette enquête, en relativise la portée, tout en s’interrogeant légitimement, sur les critères de sélection.

"Encore un coup de couteau ! Ce classement est injuste. Il ne tient pas compte des efforts que fait le département des Ardennes pour développer l’économie, l’emploi, pour protéger son espace, pour encourager les nouvelles technologies, et pour vivifier un aménagement du territoire à dimension humaine. Bien sûr nous n’avons pas l’Opéra, mais nous sommes victimes de clichés préfabriqués en matière d’évolution dans ce type de classement, sans parler de la météo ou de l’espérance de vie" : dit Benoît Huré.

"Je suis dépité, mais également attentif car si ces chiffres existent, c’est qu’ils ont été ressentis par une partie de l’opinion publique. Encore que je voudrais bien connaître les officines parisiennes qui ont mené ce travail !

Le 1er au coeur de l’Europe

Le Président du Conseil Général a aussitôt décidé d’inviter les journalistes de L’Express à venir découvrir le département des Ardennes afin de se rendre compte, sur le terrain, des injustices flagrantes soulevées dans cette enquête. Le Président du Conseil général des Ardennes ne cache pas son amertume qu’il teinte d’un optimisme de bon aloi : "de toute manière, c’est l’avis des Européens qui nous intéresse et pas celui des Parisiens. Nous sommes pour eux, au Sud du... Nord de l’Europe et nous apparaissons sur une carte en plein coeur de l’Europe. Les Européens nous placent à la première place des départements qui les attirent le plus sur l’axe de la banane bleue. Les Ardennais préfèrent se tourner vers cette direction..."

Et un bon observateur pourrait glisser à l’oreille de tous ceux qui sont attentifs à ce genre d’enquêtes : "il ne faut surtout pas dire aux Parisiens qu’on vit très bien dans les Ardennes, ils risqueraient de venir s’y installer..." Sans autre commentaire.